En quête, Triptyque pour une perspective abîmée, no man’s land et silences acoustiques.

Je confie qu’une vision peut transporter un certain état des choses avant celui de la déroute. Quand j’ouvre une porte sur la nuit et la rue, souvent pris de boisson merveilleuse, il ne pleut que rarement, l’obscurité entoure les limbes cruels de tout ce qui n’est jamais dit. La transparence s’épaissit au fil des buées, des longues chaleurs épaisses sorties des bouches de la chambre froide et des auréoles mordorées se reflétant dans les anciennes flaques d’essences des purgatoires. Nous pouvons être partout, ici, sur le tournage d’un long-métrage dans les hauteurs des villes américaines qui servent de décor, mais sont des vies, comme dans le décorum des absences ludiques des villes balnéaires abandonnées l’hiver où sur d’anciennes pistes gelées qui structurent la révolte en soupe à l’oignon pour vacanciers aux chalets. Parfois l’idée de la banlieue, de la périphérie, de la gare hitchcockienne ou personne n’est là et tout d’un coup le chaos. Une lumière témoigne parfois dans le haut, le fond, de la présence des riens, construits comme des morceaux de temps où la rigueur enseigne naturellement à prendre ce parti et nul autre. J’y vois comme chez Richard Kern dans le puits aux drames, mis en exaltation la fragilité des perspectives, leurs inutilités, la contraignante évocation des destinées. La musique est glissée dans mon Australienne vision de son champ de prise de vue, elle pourrait se dire de The Saints ou panser sur le côté les plaies des fins de mois poussiéreuses. C’est un travail d’inventaire, du passage, quand le sentiment d’être se superpose à la réalité du lieu. L’anecdote est jamais là. Elle a laissé pourfendue le souffle du fantôme aussi. La plaie du temps. 

 

J’aime depuis quelques années le travail de Céline SB. En route, photographies déroulées dans le panorama des murs sociaux d’où j’en distingue immédiatement la facture aux carnavals des images happées, l’application à rendre limpides les combinaisons sur sa palette des yeux. Certainement pour la rapidité à poser un essentiel, débarrassé du poids des algies, le remembrement de la facture et la cataracte macule des cratères comme liens dépourvus de leurs limpidités, qui font du paysage un désert de propositions et d’interrogations nouvelles sur le temps qui passe et comment l’employions nous. Je vois, je sens, furtif, traînant, encore convulsionné par le désir d’aller plus loin mais retenu pour appliquer le placebo, la dose parfaite de lumière et d’insouciance, d’errance, pour offrir au sujet, une valeur, des plages libérées de l’humain, des villes anéanties par l’implacable nuit, le bruit sur une voie ferrée, cliquetis, le ronflement d’un avion au long cours, pureté dans le ciel, la sirène d’un chantier, la Jamaïque par une fenêtre, les soldats de l’infortune qui traversent à découvert. Une photographie est une petite courbature qui laisse son reflet prisonnier longtemps dans le magma pour un jour ressurgir à la surface. Pour moi « Froid devant » est le dernier hochement de tête, la mèche sur les yeux, toujours vers un autre avenir, quand chaque tout, est déjà oublié. Christophe Massé, 24 mars 2024 

Fugace propose plus que présente, c’est une série de portraits poétique d’un travail. Artiste que j’aime, car le travail me fascine et m’immerge dans des rêveries particulières.
Fugace hébergé par Artishere. Pour mémoire : #1 Elisabeth Querbes – #2 Cathrine Muryn. – #3 Sophie Pelletier – #4 Virginie Delannoy

Céline SB – © « Froid devant » – Photographie – 2023