Miroirs brisés dans l’abîme du jardin de la ligne claire et des tiroirs aux alouettes.

Dans mon champ de vision, il m’apparaît cette image, c’est pour tout de suite penser à voir et noter sa déformation. Nous rentrons dans la catastrophe, rentrons, plus qu’entrons. Le soir est presque là, une image se reforme quand des tiroirs sont entreposés avec des planches contre les murs de l’absolu. Ici, rien ne se détourne de l’équilibre et pourtant casse-noisette en main j’ai l’impression de voguer sur la chaloupe, mal de mer, absolument pas, juste se dire qu’un point de vue peut confiner au Merzbau et aux ultimes souvenirs des ateliers encombrés jusqu’au mal des perspectives et des premiers ennuis surnaturels comme une hausse de tension et des vertiges de la quintessence des sentiments. Ici, les dimensions sont des boîtes en tête ou des coffres aux anges, rubans vénérables, pinces élémentaires, bruit feutré de l’allumette sur le grattoir. Vous êtes où ? Une phrase de la mère, un mouvement des lèvres. Nous sommes sur ce bloc de la plasticité qui enchaîne le penser comme le classer, car l’inventaire des algies passe par la consistance des structures et des limpidités. La connaissance de soi, des autres, et du portrait de famille. Oui, dire comme ça avec quelques matériaux, un doigt sur la bouche, une syncope soudaine, le registre des souvenirs, ceux racontés et ceux vécus réellement. .

 

J’aime depuis quelques années le travail de Virginie Delannoy. Certainement pour cette pratique à plat et en plusieurs dimensions aussi, pour l’utilisation courageuse de moyen rudimentaire. La notion forte de construction et celle fragile et fugace d’assemblage. Ce que le vent peut emporter et le badaboum quand toutes ces combinaisons s’affaissent soudain. En opposition au land-art, quoique, nous pourrions dire de l’installation maison, quelque chose de fait avec ce qui se trouve là et autour, mais à l’intérieur du corps, de la tête, des respirations et dans le temps, mais surtout du rangement. La participation au raisonnement, dirons, l’arraisonnement de l’espace, à la conjugaison des possibles pour exprimer ce qui entre dans un tout et fait tout. Là entrer plus que rentrer. Les propositions sont des gammes et des extensions, du pointillé à la fraction. Embouti et scotché, consolidé et limé, le sujet est la fabrication. J’aime la part des choses qui sont un état. Dans l’état, se combinent aussi les choses, pour signifier comme par le noir sur le blanc et vice-versa qu’il reste un temps aux alouettes, les laisser pénétrer au profond des tiroirs dont la clef est absente, comme un mystère. Christophe Massé, 26 février 2024 

Fugace propose plus que présente, c’est une série de portraits poétique d’un travail. Artiste que j’aime, car le travail me fascine et m’immerge dans des rêveries particulières.
Fugace hébergé par Artishere. Pour mémoire Fugace#1 Elisabeth Querbes – Fugace#2 Cathrine Muryn.Fugace#3 Sophie Pelletier

Virginie Delannoy – © « Portrait de Famille » – Scotch sur bâche – détail – 2022